Les requins en danger — cette réalité est l’une des crises de biodiversité marine les moins médiatisées et pourtant les plus critiques. Ces prédateurs que l’on craint souvent à tort sont en réalité des éléments indispensables à l’équilibre de nos océans, et leur disparition aurait des conséquences catastrophiques sur l’ensemble des écosystèmes marins. 🦈
Les requins en danger : un déclin alarmant
La situation des requins est catastrophique à l’échelle mondiale. Une étude publiée dans la revue Nature en 2021 a révélé que les populations de requins océaniques ont diminué de 71 % depuis 1970 — soit en à peine 50 ans. Sur les 500 espèces de requins connues, plus d’un tiers sont menacées d’extinction selon la liste rouge de l’UICN. Certaines espèces emblématiques, comme le requin blanc, le requin baleine ou le grand requin marteau, sont classées en danger ou en danger critique.
Cette hécatombe est avant tout le résultat de la pêche — intentionnelle et accidentelle. On estime que 100 millions de requins sont tués chaque année par les activités humaines. Un chiffre vertigineux, surtout quand on sait que la plupart des espèces de requins ont une reproduction très lente — maturité sexuelle tardive, gestation longue, peu de petits — ce qui les rend particulièrement vulnérables à la surexploitation.
Le finning : une pratique barbare encore répandue
Le finning est l’une des pratiques les plus cruelles et les plus destructrices pour les requins. Elle consiste à capturer un requin, à lui couper les nageoires à bord du navire, puis à rejeter le corps encore vivant à la mer. Sans ses nageoires, le requin coule et meurt lentement, asphyxié ou dévoré. Les nageoires, très légères et très lucratives (elles peuvent valoir jusqu’à 700 euros le kilo), sont conservées pour alimenter le marché de la soupe d’ailerons de requin, très prisée en Asie.
Le finning a été interdit dans de nombreux pays et dans les eaux de l’Union européenne, mais il reste pratiqué illégalement dans de nombreuses régions du monde. Des ONG comme Sharkproject ou Sea Shepherd surveillent les marchés et les ports pour documenter et dénoncer ces pratiques. La demande de soupe d’ailerons diminue progressivement en Chine et à Hong Kong grâce aux campagnes de sensibilisation, mais reste significative.
Les requins : prédateurs essentiels des océans
Les requins occupent le sommet ou un niveau très élevé dans la chaine alimentaire marine. En tant que prédateurs apex, ils régulent les populations des espèces dont ils se nourrissent, maintenant l’équilibre de l’écosystème. Sans requins, les populations de leurs proies explosent, qui consomment à leur tour leurs propres proies en excès — déclenchant des effets en cascade qui peuvent déstabiliser l’ensemble de la chaine alimentaire.
Des études menées dans des écosystèmes où les requins ont été éliminés ou fortement réduits ont documenté ces effets. Dans certaines régions de l’Atlantique, la disparition des grands requins a provoqué une explosion des populations de raies, qui ont décimé les populations de coquillages et détruit des industries ostréicoles locales. La santé des récifs coralliens est également liée à la présence de requins, qui maintiennent l’équilibre entre espèces herbivores et carnivores sur les récifs.
Les requins et le stockage du carbone
Comme les baleines, les requins jouent un rôle dans la séquestration du carbone océanique. En régulant les populations de poissons, ils influencent indirectement la quantité de carbone stockée dans la biomasse marine. Leur disparition perturbe ces cycles biogéochimiques d’une façon que les scientifiques commencent seulement à quantifier.
Des économistes marins ont calculé que la valeur d’un requin vivant, en termes de revenus touristiques générés par la plongée et l’observation, est bien supérieure à sa valeur commerciale mort. Un requin vivant à Palau, par exemple, génère en moyenne 2 millions de dollars de revenus touristiques sur sa durée de vie — contre quelques centaines de dollars pour ses ailerons. Cet argument économique a convaincu plusieurs pays des Caraïbes et du Pacifique d’instaurer des « sanctuaires à requins » où toute pêche est interdite.
Des avancées législatives encourageantes
La prise de conscience progresse dans les arènes internationales. La CITES (Convention sur le commerce international des espèces menacées) a progressivement élargi la liste des espèces de requins protégées, rendant leur commerce international soumis à des conditions strictes. Plusieurs pays ont instauré des interdictions complètes de pêche aux requins dans leurs eaux ou établi des sanctuaires à requins.
En France, la pêche au requin blanc est interdite depuis 2021 et plusieurs espèces sont protégées. Mais la mise en oeuvre effective de ces protections reste insuffisante, notamment en haute mer où les contrôles sont très difficiles. Les nouvelles technologies de surveillance satellitaire et d’identification ADN commencent à permettre une meilleure traçabilité des produits issus de requins.
Comment agir pour les requins
Ne jamais consommer de soupe ou de produits à base d’ailerons de requin, refuser les compléments alimentaires à base de cartilage de requin, soutenir des ONG comme Sharkproject, Shark Alliance ou Sea Shepherd qui luttent pour la protection des requins, pratiquer une plongée responsable qui contribue à valoriser économiquement les requins vivants : autant de gestes qui contribuent à changer le regard sur ces animaux fascinants et à soutenir leur protection.
